Michel Le Quéré

Michel Le Quéré

expo DROITS DE L'HOMME et jeune public

 

 

 

 

RAPPEL :

 

Les articles de mon blog sont illustrés par des morceaux de musique. Ceci a pu être réalisé grâce à DEEZER.com site musical interactif. Vous devez être inscrit sur ce site pour pouvoir accéder à ces illustrations sonores que je ne considère pas comme secondaires. Il suffit pour cela de créer un compte personnel. C'est gratuit. Lorsque vous êtes inscrit sur DEEZER cliquez sur le titre du morceau qui s'affiche dans la vignette placée au début de l'article de mon blog. Vous allez vous retrouver sur le site de DEEZER. Lancez alors la musique puis cliquez à nouveau sur l'article de mon blog figurant sur votre écran. Vous avez les deux en même temps : l'article et la musique choisie pour.

 

Mais vous pouvez très bien lire les infos de cet article sans musique. C'est vous qui décidez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 "Un enfant, un enseignant, un livre et un stylo peuvent changer le monde. L'éducation est la seule solution. L'éducation est la priorité."

          Malala Yousafzai, 17 ans, Prix Nobel de la Paix 2014

 

"Child slavery is a crime against humanity."

          Kailash Satyarthi, Prix Nobel de la Paix 2014

 

 " Les gens sont bien plus extraordinaires que les tableaux qu'ils admirent."

          Alberto Giacometti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

jardin contre jour.JPG

 

 

 

Une fois installée, déployée, épanouie, mon exposition été 2014 ECCE HOMO a rencontré des visiteurs qui tous ont éprouvé le besoin de dire ce serait bien si des scolaires se déplaçaient pour la visiter. Sans doute offrirait-elle la possibilité aux enseignants d'aborder avec leurs élèves l'universelle problématique de la défense des Droits de l'Homme. Toute modestie enfermée à double tour, je dois dire que j'étais assez d'accord. Je sais, on appelle ça de la déformation professionnelle. Difficile d'y échapper. Un tiers de siècle à tenter d'éduquer et d'instruire le fruit des entrailles d'une nation, ça laisse des traces.

Alors je me suis permis de contacter Madame Arlette Devun, conseillère pédagogique Arts Plastiques et coordinateur Education Nationale du projet fédérateur départemental Artothèque Exposition nomade

( Inspection Académique de Haute-Loire ). Je l'ai invitée à venir visiter mon exposition. Je la remercie d'avoir bien voulu se déplacer - pour l'inconnu ou presque - malgré son emploi du temps chargé. Je me suis ensuite permis de lui demander si ça valait le coup d'encourager les enseignants des écoles du bassin ponot à visiter ECCE HOMO. Sa réponse positive fut un beau compliment.

 

 

 

 si tous les gars1_1.JPEG

 

 

 

Afin de relayer l'information concernant mon exposition, elle envoya un message à toutes les écoles publiques et privées par l'intermédiaire des secrétariats des Inspections de l'Education Nationale de la Haute-Loire. Deuxième salve de remerciements. Restait plus qu'à attendre ; peut-être cette bouteille à la mer finirait-elle par atteindre la plage d'une cour d'école. Pourtant, quand on a été soi-même enseignant, on sait mesurer les difficultés rencontrées pour organiser le moindre déplacement des élèves d'une classe hors les murs d'une école, pendant les heures de cours. Si l'on tient compte en plus du fait que prendre un car pour se rendre au Puy aux Fêtes du Roi de l'Oiseau après avoir connu la délicieuse fébrilité de s'être déguisé en personnage de la Renaissance a toutes les chances de paraître plus attractif pour élèves et professeurs des écoles que de rencontrer des oeuvres d'art désireuses de vous parler des misères faites aux Droits de l'Homme partout sur la planète, même si elles sont installées dans un jardin, si l'on tient compte de tout cela on doit obligatoirement se dire : C'est pas gagné ! Je me le suis dit.

Quand on pense sculptures dans un jardin, il n'est pas interdit de faire le lien avec ce que l'on appelle le LAND ART, même si les oeuvres d'art de cette discipline, sculptures et installations, ne sont en principe réalisées qu'avec des éléments offerts par la nature. Or Nelly Thomas, institutrice de la classe de CP de l'Ecole Publique d'Arsac-en-Velay, a pour cette année scolaire 2014-2015 inscrit à son programme une activité LAND ART. Alors, tout naturellement elle saute le pas, me contacte et, le jeudi 2 octobre 2014 à 13h30, elle prend à pied avec ses élèves la direction de la Place du Reinage. ( ça tombe plutôt bien puisque je suis né un 2 octobre. En tant qu'enseignant à la retraite, recevoir dans son jardin un professeur des écoles et ses élèves qui vous font l'honneur de venir voir votre travail d'artiste, comme cadeau d'anniversaire je dis du fond du coeur, Merci ! )

 

 

 

DSC01512.JPG

 

 

 

Mais il y a un grand mais. Au dernier moment, un épouvantable doute est venu m'assaillir : et si certaines sculptures heurtaient les enfants ? Parce que difficiles à regarder, évocatrices de drames se déroulant en temps réel sur la planète certes mais inquiétants. Chacun connaît le travail d'Amnesty International. Les atrocités que dénonce cette association de défense des Droits de l'Homme ne sont pas forcément racontables à des enfants de sept ans. Certes, mes sculptures représentant des prisonniers d'opinion ne sont ni sanguinolentes ni atroces à regarder mais elles ne chantent pas le bonheur de vivre, et c'est vrai que, aussi bien dans le jardin que dans la salle d'exposition, des oeuvres douces et rondes qui parlent de tendresse viennent offrir des plages de gros soupirs consolateurs. J'ai donc longuement réfléchi aux termes que j'aurais à employer afin de répondre aux questions des enfants. Il ne s'agirait pas pour moi d'édulcorer le message véhiculé par les oeuvres présentées mais, en tant qu'être humain, d'offrir aux causes qui semblent perdues toute ma tendresse, ma retenue mais aussi mon soutien sans faille. Le plus simplement du monde possible. Toujours en tant qu'être humain, je me sens le devoir d'aider, d'une manière ou d'une autre, les enfants qui quelque part sur la terre n'ont pas le droit d'aller à l'école alors qu'ils en rêvent ; parce qu'ils doivent marcher des heures entières pour aller chercher de l'eau ou parce que de méchants hommes les en empêchent. Je crois profondément que les écoliers de France doivent savoir cela. Qu'ils doivent l'entendre. Sans les brusquer mais qu'ils doivent le savoir. Quelque peu rassuré mais pas trop quand même j'ai regardé s'avancer vers moi Nelly Thomas et ses élèves.

 

 

 

 espace marie bertrand.jpg

 

 

Ce dont j'avais perdu la saveur, c'est la capacité d'émerveillement des enfants, leur naturel, leur aptitude à exprimer spontanément leurs impressions, à formuler des questions étonnantes qui enchantent les grandes personnes. Je crois qu'il est important de ne jamais répondre aux questions des enfants concernant une oeuvre avant de leur avoir demandé ce à quoi elle les renvoyait ; à quoi elle les faisait penser, quel titre ils lui auraient donné. Si l'artiste répond à tout avant, il n'expose pas son travail dans un lieu de vie mais dans un musée.

 

 

La parole des enfants a donc fusé :

 

- la statue des bébés ça m'a fait penser qu'ils sortaient d'un ventre !

- on dirait un toboggan à bébés !

- un arbre à bébés ! 

 

 

les envahisseurs.JPG

 

DSC01589.JPG

 

 

- j'aime bien la sculpture avec la coquille et l'oeuf dedans parce que c'était doux et beau !

- les sculptures servent aussi à décorer !

 

 

DSC01585.JPG

 

DSC01591.JPG
 

 

- là où il y avait la bougie ça me faisait penser à un prisonnier dans le noir !

 

 

DSC01491.JPG

 

 DSC01593.JPG

 

DSC01592.JPG

 

DSC01594.JPG

 

 

- pour moi ça c'est une huître et sa perle !

 

 

DSC00589.JPG

 

 DSC01596.JPG

 

 

- une souris !

 

 

DSC00511.JPG

 

 

- y'a quoi dedans ? des secrets ?

 

 

 rédemption chêne1.JPG

 

 

- un homme-journal !

 

 

 P1000745 - Copie - Copie.JPG

 

 

- des morts-vivants !

- des zombies ! 

 

 

DSC01519.JPG

 

 

 - les sculptures expliquent des choses qui se sont passées dans d'autres pays et ça permet de savoir ce qui s'est passé !

 

 

Entre cette pensée et les cris du coeur précédents, l'étendue de la réflexion. De retour dans la classe, les élèves ont été amenés à réfléchir, à s'interroger, à dresser le bilan de leur visite. Pour ma part bien sûr que je ne pouvais pas les laisser repartir sans leur avoir délivré le message de certaines oeuvres et en particulier celui de l'installation spontanément intitulée "Les zombies". Nous ne sommes pas ici dans le domaine de l'horreur mais dans celui du souvenir, du respect, de la révolte silencieuse. Parce que les mains sont peintes de la couleur des statues qu'on appelle des anges. Un blanc éclatant qui provoque la réflexion, la dignité, la notion d'humanité. "Hommage aux petites mains du textile" est le titre de cette installation. Au Bangladesh, il n'y a pas si longtemps, une usine en mauvais état s'est écroulée, faisant plus de mille morts, sur les ouvriers et les ouvrières qui travaillaient à l'intérieur, très pauvres gens qu'on nomme "les petites mains du textile". Ils fabriquent en effet la plupart des vêtements que nous portons dans des conditions inhumaines. Ils sont exploités par des puissants sans scrupules qui n'ont qu'un seul but : s'enrichir. Quand nous achetons un vêtement nous avons le devoir de chercher à savoir dans quelles conditions il a vu le jour. Nous devons exiger des grandes marques qu'elles fassent le nécessaire pour que les ouvriers qui fabriquent les produits qu'elles vendent soient considérés, protégés, correctement rémunérés.

Cette installation comme un jardin du souvenir illustrant le mot fraternité.

 

 

DSC01597.JPG

 

 

Les quatre classes de l'Ecole Primaire Publique d'Arsac-en-Velay sont venues visiter l'exposition entre le 2 et le 9 Octobre. Jeudi 9 octobre 2014, vers 15h la visite terminée, Sabine Bruyère rassembla ses élèves afin d'entreprendre le retour vers l'école. Dans le regard de certains enfants me disant au revoir, un calme étonnement, un sourire amusé, une petite marque de gentillesse, de politesse ou de rêverie s'éternisant. J'étais sans doute plus ému qu'eux. Derrière moi, se balançant doucement dans les airs au-dessus du jardin, une guirlande de petits personnages colorés intitulée "Si tous les gars du monde ..." Menaçant depuis le matin, le ciel commença ici ou là à semer quelques gouttes de pluie. Comme s'il avait attendu la fin de la visite.

 

 

ScannedImage.jpg

Photo L'Eveil de la Haute-Loire

 

 

 

Remerciements à

 

Arlette Devun conseillère pédagogique Arts plastiques, Nelly Thomas, Nathalie Moulin Duport, Florence Galtier et Sabine Bruyère les enseignantes, les stagiaires les ayant accompagnées, les 84 élèves de l'Ecole Primaire Publique d'Arsac-en-Velay, Amnesty International groupe 159.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



03/10/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 14 autres membres