Michel Le Quéré

Michel Le Quéré

" La Maison d'Arsac "

 

 

 

RAPPEL :

 

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" Construire un château fort

Travail d'esclave ou jeu merveilleux

Tout est dans la manière."

 

Fernand Deligny

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

         J'investis, en 1984, dans le bourg d'un village de Haute-Loire à ce jour inconnu, un corps de bâtiment dont la majeure partie a renoncé à tenir debout. Un grand morceau du  toit de la partie centrale est écroulé, les dépendances situées au fond de la cour, comme un tombeau à ciel ouvert, ressemblent plus au fruit d'un bombardement qu'à une étable  et le mauvais terrain vague qui les devance n'est guère encourageant. L'ancien propriétaire a bien fait faire quelques travaux ... mais il a fini par admettre son peu d'appétence pour la fonction de "retapeur d'ancienne ferme", il a jeté sa truelle et s'en est retourné à la ville.

       Moi, j'accroche. Ce lieu me touche, m'invite, me prend par la main. Certes il est situé au coeur du village, encerclé de toutes parts, la cour n'est pas bien grande et le balcon des voisins qui la surplombe lui donne un air désagréable de fosse aux ours. Mais le plus douloureux est l'absence de perspective. De cet espace clos de murs et de bâtiments  il est impossible d'accéder au paysage, à une vue dégagée, à une respiration. 

       Aujourd'hui je sais que cette ruine distillait l'âme de l'ébauche d'un cloître et que c'est pour cette obscure raison inconsciente, parmi d'autres, que j'ai signé. Que j'en ai pris pour vingt ans, vingt ans de travaux forcés et même bien au-delà.

 

 

 

" La Maison d'Arsac " avant

 

 

 

 

 

pendant les travaux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'oeuvre d'une vie 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 


vidéo façade par michellequere 

 


vidéo façade suite par michellequere

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

  

 


 

 

 

       Quand on me demande si j'ai tout fait moi-même, je réponds que j'en ai bien fait un peu mais qu'il m'a  fallu tôt ou tard solliciter architectes, maçons, charpentiers, électriciens, plombiers-chauffagistes et menuisiers. Et je suis loin d'avoir tout prévu. Malgré mille plans et autant de dessins.

       Je me suis retroussé les manches. J'ai arrêté de fumer, du jour au lendemain, parce que je venais de trouver un extraordinaire sens à ma vie. A force de persévérance la ruine s'est relevée. Et puis elle a changé de statut : elle est devenue, pour mes proches et mes amis, " la Maison d'Arsac ". Chaque jour rajeunie, rafraîchie, remontée, réparée, soignée, embellie.  Je me suis pris au jeu. J'ai foncé. Réfléchi après parfois, donc quand c'était trop tard. Je me suis entêté. J'ai dit jamais je ne renoncerai. Malgré le balcon des voisins, la privation de paysage et mes incompétences. Mon maître d'oeuvre fut la rage. La même que celle qui habitait ma mère. Une infernale volonté toujours aux fontières du plaisir de faire. La ruine achève sa métamorphose. Elle est aujourd'hui devenue une drôle de demeure pas vue, une sorte de petit château rustique, une curiosité minérale et architecturale, chaleureuse et douce à vivre.

       Combien de pierres monstrueuses déplacées, combien de bétonnières et de mains abîmées, combien de semaines de vacances usées dans ce bagne tant désiré avant l'instant de fulgurance : celui qui m'éclaira sur moi, sur mes motivations, sur le pourquoi d'un tel chantier.

        Un jour donc, j'ai compris : " la Maison d'Arsac " avait le devoir de remplacer " la Maison du Vernet ". Une sorte de baume tendrement appliqué sur une plaie. " La Maison du Vernet " est la maison de mon enfance. Elle existe toujours, là-bas dans la vallée du Cher, sur la commune de Meaulne dans le département de l'Allier. C'est une longère bourbonnaise riche d'une jolie cour sablonneuse, d' un grand jardin, d'un puits et d'une grange. Dans les années 50, nous étions locataires et mes parents auraient bien voulu l'acheter. Mais comme nous ne roulions pas sur l'or, que mon père n'était qu'un simple ouvrier et ma mère mère au foyer, que les histoires "de famille " sont ce qu'elles sont lorsqu'il s'agit de prêter "des sous" à des proches, l'affaire ne se fit pas. Ma mère s'est alors installée dans la rancune et j'ai grandi façonné par un vilain sentiment d'humiliation. J'ai longtemps dû chercher, dans mes rêves et mes chagrins, sans le savoir, la solution à ce malheur.

       Aujourd'hui je peux dire à mon père et à ma mère : Reposez en paix ! J'ai trouvé. " La Maison d'Arsac " est une copie de celle que vous chérissiez tant.

      Je suis tellement certain de l'avoir réalisée pour que cesse leur chagrin . Le métier d'un enfant n'est-il pas de faire plaisir à ses parents ? J'ai construit une maison folle, folle d'amour et d'attentions. J'ai posé chaque pierre avec une rage de réparation telle qu'il m'arrive parfois de craindre pour l'équilibre de mon esprit. A quoi ça tient une vie ?

 

 

 

 

 

 

Remerciements à

 

Marie Bertrand, André Pernin, Jean Le Quéré, Monique Pernin, Colette Le Quéré, Andréa Pernin, Christine Pernin, Patrick Mathieu, Dany Nodot, Frédérique Le Quéré, Anne-Cécile Statiotis, Antoine Le Quéré, Joël Le Quéré, Anne-Cécile Le Quéré, Margot Le Quéré, Robert Achard, Dominique Defay, Georges Defay, Ezechiel Nogueira, Jean-Claude Cottreau, Christian Badiou, Sébastien Peyrard, Michel Peyrard, Jean-Claude Moulin, Yves Fargeot, Jean Lambert, Françoise Perrin, Karine Evrard, Stéphane Courriol, Alban Chabert, Joseph Devidal, Elie Sicard, Pierre Soulier, Laure Soulier, Fernande Bertrand, Christelle Trauchessec, Patrice Trauchessec, Marc Gessi, Yves Guillerme, Gérald Wehrlé, Jean-Michel Chauvineau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



30/11/2010
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